lundi 3 août 2009

Tourisme carcéral trifluvien

Après Alcatraz et le Eastern State Penitentiary, il n’était que normal de compléter la suite logique en visitant un ancien établissement carcéral du Québec! Mais avant de se rendre au vieux pénitencier de Trois-Rivières, nous (le couple Charrette, Hugo aka la rouquinerie ainsi que Stéphanie, une étudiante fort motivée en criminologie et pirate à ses heures!!) avons fait un autre arrête obligatoire lors d’une visite en Mauricie, le Grec!

Pour avoir le privilège de nommer son établissement « Restaurant Grec », on s’entend qu’il ne faut pas être né de la dernière pluie! Étant en affaire depuis 1959, le Grec célèbre cette année son 50e anniversaire. Cette institution de Baie-Jolie fut rendue célèbre avant tout pour l’excellente qualité de sa cuisine méditerranéenne mais aussi le respect des traditions typiquement grecques, comme le port de l'uniforme traditionnel, la « foustanella », qui est le costume d'apparat des soldats grecs, ou encore la fameuse mascotte vivante du restaurant, le mouton.


En effet, cet emblème accueille à sa manière la clientèle du restaurant, et ce, depuis son ouverture. Panayotis, qui signifie Pierre en grec, est le prénom donné à chaque mouton vivant dans l'enceinte du restaurant, en hommage à l'homme qui a offert au propriétaire son tout premier mouton. Cet animal, qui devait servir de repas lors de la Pâques grecque, a conquis le cœur des employés qui ne purent se résoudre à l'abattre. On en fit donc un animal de compagnie. À ce jour, 22 moutons ont vécu dans l'enceinte du Restaurant Grec Baie-Jolie !


La nourriture est délicieuse mais comme ce n’est pas une chronique culinaire, je m’arrête ici! Par contre, un détail fort intéressant et utile nous attendait sur l’addition. Avec les récentes baisses subies par la TPS fédérale, il est maintenant difficile de bien calculer le pourboire sur les additions de restaurants. Auparavant, il ne suffisait que d’additionner les deux taxes pour arriver au 15% conventionnel. Désormais, on s’y perd en conjoncture et je suis certain que c’est toujours au profit d’un pourboire diminué pour les serveurs. Mais pas chez le Grec; pour dissiper tous soupçons, on se permet de « suggérer» un pourboire de 15% sur la facture et on rajoute même le montant EXACT d’un « exemple » de pourboire! GÉNIAL! Cessons les hypocrisies et que chaque restaurant adopte cette politique innovatrice!

Direction, le vieux Pénitencier. Ouverte en 1822, la prison accueillera son dernier détenu en 1986 ce qui en faisait alors la plus ancienne prison canadienne en activité. Celle-ci fut la demeure d’hommes et de femmes devant subir une sentence de moins de 3 mois, à l’origine bien entendu. Par contre, plusieurs pendaisons eurent lieu à Trois-Rivières comme en témoigne cette corde au dessus de la porte, rappelant aux prisonniers les bienfaits d’une bonne conduite « en dedans »! Les infrastructures de pendaison sont encore là aujourd’hui mais on été… condamnées! Raymond Devos doit se retrouver dans sa tombe!




La visite guidée est animée par un ex-détenu, ce qui rend l’expérience encore plus vraie! En attendant d’être reçu par le gouverneur, grand responsable de la prison, les détenus devaient passer quelques heures (voire quelques jours!) entassés les uns sur les autres dans une minuscule cellule, munit uniquement d’un banc et d’un sceau pour les besoins immédiats!


À l’époque de la création de ce pénitencier, les incarcérations ne devaient pas être une partie de plaisir; on devait s’en rappeler! Le costume du prisonnier s’apparente plus au clown jongleur qu’à un détenu. Jugez-en par vous-même!

Les conditions de vie à l’intérieur des murs étaient invivables. Construit à l’origine pour détenir environ 40 personnes, le Pénitencier en hébergera parfois plus d’une centaine. La promiscuité était telle que les administrateurs durent se résoudre à construire des lits à 3 étages dans les cellules! Le chauffage a toujours été problématique dans l’enceinte alors les prisonniers utilisaient leurs matelas pour tenter d’isoler les fenêtres de leurs cellule!


Les cellules d’isolation au sous-sol ont tout ce qu’il y a de plus morbide; avis aux claustrophobes de ce monde, ceci n’est peut-être pas la visite idéale pour vous! Juste de penser que des prisonniers ont passé une vingtaine de jours dans ces conditions abominables, j’en ai des frissons. Je ne peux vous décrire la noirceur des lieux tellement c’était sombre. Et l’humidité était à son paroxysme.



Au 20e siècle, les droits de l’Homme ont fait leur apparition et les autorités ont avisé les dirigeants de la prison que ce genre de « trou » n’allait plus être toléré. Des modifications de luxe ont alors été apportées; on a coulé un planché en béton comme ça les détenus n’auront plus à dormir couché sur la terre. De plus, on a eut la décence de percer un trou au milieu de la pièce pour évacuer les besoins. Non mais on parle d’un 5 étoiles et du GRAND luxe!! Ah oui, on a aussi permis aux détenus d’être isolés avec leurs briquet pour pouvoir fumer. Pour passer le temps, plusieurs ont brûlé des écriteaux au plafond…



La visite se termine avec un passage dans l’aile de la prison réservée aux femmes. Une des salle de détention s’appelle « La cage aux poules »! On voyant l’endroit, on comprend qu’il s’agit avant tout d’une façon de parler! Mais lorsqu’on entend l’histoire, le nom prend tout son sens! La ville de Trois-Rivières était un port très important pour le transit des marchandises entre l’Atlantique et les Grands lacs ontariens. Les marins accostaient fréquemment en Mauricie pour passer « du bon temps »! Et lorsqu’il y a des marins, il y a des filles de joie! 90% de la clientèle féminine de la prison de Trois-Rivières était composée de prostituées qu’on enfermait dans les « cages aux poules ». Et lorsque les dames s’énervaient un peu, elles avaient trouvé un excellent moyen de déranger les autres femmes : balancer le pot de chambre dans la cellule de la voisine! Ah good old times!


Et comme si ce n’était pas assez, Stef a eut le privilège d’être sélectionné comme cobaye pour enfiler la camisole de force!! Cette technique pourra lui être utile dans son futur travail… ou dans sa vie de couple avec la rouquinerie!


Pour conclure notre expérience carcérale, nous avons fait faire nos fiches de détenu! Photo « Mugshot », emprunte digitale, tout le kit! Un beau petit souvenir à 3$!





Avant de quitter, nous avons fait le tour du Musée québécois de la culture populaire. Rendu célèbre il y a deux ans avec l’exposition sur Passe-Partout, ce petit musée présente cette année quelques trucs forts intéressants. Pour visiter les expositions, il vous faudra monter à l’étage dans le plus grand ascenseur que j’ai jamais vu! Un 4 ½ avec garage et cours extérieure!

Étant un fin connaisseur d’art, j’ai sélectionné quelques pièces digne de mention parmi les expositions Méchant moineau (œuvres de Michel Houde), La pédale au fond (les 40 ans du Grand-Prix de Trois-Rivières), Mémoires populaires de Trois-Rivières et Rousseau s’expose (toiles de l’ « humoriste » Stéphane Rousseau. ).





Vous vous douterez que ces quelques expositions ne valent nullement la peine! Par contre, celle qui s’intitule « Québec en crimes » vaut pleinement le détour. Cette exposition retrace le 20e siècle criminel québécois à l’aide des plus célèbres affaires judiciaires. Parmi celle-ci, le cas d’Aurore l’enfant martyre, l’affaire Delorme où pour la première fois, la science fut mis au profit de la justice pour régler un dossier, le vol du siècle sur la rue Ontario, le crime ayant inspiré Roger Lemelin pour son roman « Le crime d’Ovide Plouffe », l’affaire Coffin, les attentats terroristes du FLQ (avec la véritable statue de la reine Victoria!!), la mafia montréalaise et la Commission sur la crime organisé, l’Ordre du temple solaire, Moïse Thériault et les gangs de rue à Montréal. Très complet, très intéressant et fort bien présenté.










Alors si vous passez par Trois-Rivières durant vos vacances, réservez un peu de temps pour visiter le vieux Pénitencier. Et si le cœur vous en dit, il est possible d’organiser une nuit carcérale où vous passerez 8 heures en cellule, comme un détenu!

4 commentaires:

Stéphanie a dit…

Merci pour cette journée enrichissante. Merci de vendre du rêve Phil !
Très bon résumé !

Anonyme a dit…

L'incontournable pizza du grec à Baie Jolie, qu'il faut absolument manger avec du beurre...6-7 cups minimums...très low carbs!!!

Dommage que vous ne soyiez pas arrêté au Coconut Motel... les murs auraient surement plusieurs histoires à vous raconter...un vrai mussé de la disgrace!!!

Steven Seagal

Camille... a dit…

Intéressant, comme toujours.
Un exemple de pourboire hein? C'est pas pire :P C'est quand même mieux qu'au St-Hubert où 2 fois je me suis carrément fait demander du pourboire. J'ai pas tellement le goût d'en donner dans ce temps-là...

Anonyme a dit…

j'aimerais avoir votre opinion sur l'oeuvre de l'exposition méchant moineau que vous avez présenté